Un immeuble neuf réunit des dizaines d'acheteurs qui ne se connaissent pas, un promoteur qui a déjà la tête au chantier suivant et un syndic que personne n'a encore élu. C'est dans ce flottement que se jouent les premiers mois de la garantie des parties communes : la toiture, les façades, le hall, le parking, les réseaux. Ce qui n'est pas noté, signalé et suivi pendant cette période devient beaucoup plus difficile à obtenir ensuite.
Cet article traite des parties communes. Pour votre appartement, votre cave ou votre place privative, les règles de la vente sur plan sont détaillées dans le guide des recours contre un promoteur en VEFA. Et pour savoir si un désordre précis touche une partie commune ou privative, et qui en répond, reportez-vous à l'article sur la ligne de partage en copropriété.
Deux livraisons, et une réception que vous n'avez pas signée
Dans une vente sur plan, le promoteur est le maître de l'ouvrage. Quand le chantier se termine, il reçoit d'abord les travaux de ses entreprises : c'est la réception, au sens de l'article 1792-6 du Code civil. Il livre ensuite chaque lot à son acquéreur, puis les parties communes au syndicat des copropriétaires, représenté par le syndic. Trois actes, trois dates, et seuls les deux premiers sont généralement connus des copropriétaires.
Trois procès-verbaux, trois points de départ
Procès-verbal de livraison
Votre lot
- Ce qu'il couvre
- Appartement, cave, place de parking privative
- Qui signe
- Vous et le promoteur
- Quand
- À la remise de vos clés
- Qui écrit les réserves
- Vous
- Défauts visibles à signaler
- Dans le mois qui suit votre entrée dans les lieux
- Saisir le juge au plus tard
- Un an après la fin de ce mois
- Où le trouver
- Dans vos papiers
Procès-verbal de livraison
Les parties communes
- Ce qu'il couvre
- Toiture, façades, hall, escaliers, ascenseur, parking, réseaux, abords
- Qui signe
- Le promoteur et le syndic, au nom du syndicat
- Quand
- À une date convenue avec le syndic, parfois des semaines avant ou après la vôtre
- Qui écrit les réserves
- Le syndic, pas toujours accompagné d'un technicien
- Défauts visibles à signaler
- Dans le mois qui suit cette livraison
- Saisir le juge au plus tard
- Un an après la fin de ce mois
- Où le trouver
- Chez le syndic : demandez-en copie par écrit
Procès-verbal de réception des travaux
Le document que vous n'avez pas
Signé entre le promoteur et ses entreprises, en général avant toutes les livraisons. C'est lui qui fait partir le parfait achèvement (un an), le bon fonctionnement des équipements (deux ans) et la décennale (dix ans).
La conséquence pratique tient en une phrase : les dates que vous connaissez ne sont pas celles qui comptent pour les parties communes. Demandez au syndic, par écrit, la copie du procès-verbal de livraison des parties communes avec sa liste de réserves, et la date de réception des travaux. Le promoteur la connaît ; l'assureur dommages-ouvrage aussi. Si la livraison des appartements a elle-même été repoussée, les pénalités se réclament à part, comme l'explique l'article sur le retard de livraison en VEFA.
Le syndic a été choisi avant vous
Le premier syndic d'un immeuble neuf est un syndic provisoire, désigné dans le règlement de copropriété ou par un accord conclu avant la vente, c'est-à-dire en pratique par le promoteur. C'est lui qui signe la livraison des parties communes, souvent avant qu'un conseil syndical existe. Il n'a pas toujours un technicien à ses côtés, et il n'est pas toujours pressé de mettre en cause celui qui l'a désigné.
La loi limite ce mandat : selon l'article 17 de la loi du 10 juillet 1965, le syndic provisoire ne peut être maintenu que par une décision de l'assemblée générale, après une mise en concurrence de plusieurs contrats menée par le conseil syndical, ou à défaut par les copropriétaires. La première assemblée est donc le moment de reprendre la main : élire un conseil syndical, comparer les contrats, et inscrire à l'ordre du jour le suivi des réserves et, si besoin, l'autorisation d'agir contre le promoteur.
D'ici là, le syndic provisoire a les mêmes devoirs qu'un autre. L'article 18 de la même loi le charge de pourvoir à la conservation de l'immeuble et, en cas d'urgence, de faire exécuter de lui-même les travaux nécessaires à sa sauvegarde. S'il ne répond pas, la marche à suivre face à un syndic inerte est décrite dans le guide du litige avec un syndic de copropriété.
- À demander tout de suite au syndic : le procès-verbal de livraison des parties communes et ses réserves, la date de réception des travaux, les références de l'assurance dommages-ouvrage (votre acte de vente la mentionne en principe), les notices des équipements et les contrats d'entretien en cours.
- À demander au promoteur : le planning de levée des réserves, entreprise par entreprise, et une réponse écrite à chaque signalement.
Ce qui casse le plus souvent dans un immeuble neuf
L'Agence qualité construction publie chaque année les désordres de construction expertisés au titre de l'assurance dommages-ouvrage. Pour les logements collectifs, son Observatoire 2026 classe les dix postes les plus touchés sur 2023-2025. Nous les avons regroupés selon la question qui intéresse un conseil syndical : qui devra agir.
Cent désordres décennaux dans des immeubles neufs, et à qui ils reviennent
Parties communes par nature 18,1 %
Toitures-terrasses non accessibles, avec protection (6,8 %) ou sans (3,4 %) ; façades en béton banché (4,2 %) ; couvertures en grands éléments (3,7 %).
Selon le règlement de copropriété 19,3 %
Fenêtres et portes-fenêtres (8,5 %) ; réseaux d'eau intérieurs (7 %) ; terrasses accessibles ou techniques (3,8 %).
Le plus souvent dans les lots 21,5 %
Équipements sanitaires (10,7 %) ; revêtements de sol (7 %) ; revêtements de murs et plafonds (3,8 %).
Hors des dix premiers postes 41,1 %
Trois enseignements pour une résidence qui vient d'être livrée. Les toitures-terrasses, tous types confondus, représentent à elles seules 14 % des désordres : c'est le premier ouvrage à inspecter, avant même les façades. La part des fenêtres et portes-fenêtres a presque doublé en vingt ans, de 4,7 % sur 2006-2015 à 8,5 % sur 2023-2025, et leur statut, commun ou privatif, dépend du règlement. Enfin, l'eau qui abîme un appartement vient souvent d'un ouvrage commun, une toiture, une façade, une colonne : le dégât est privatif, la cause ne l'est pas.
La tournée des parties communes, du toit au parking
Une tournée utile suit un ordre fixe, du haut vers le bas, et se fait de préférence après une forte pluie. Pour chaque désordre : une photo d'ensemble, une photo rapprochée avec un repère de taille, la date, l'emplacement exact. Les sept zones ci-dessous couvrent l'essentiel d'un immeuble courant.
1Toiture-terrasse
- À regarder
- Eau qui stagne après la pluie, relevés d'étanchéité décollés au pied des acrotères, évacuations bouchées, taches au plafond du dernier étage.
- Garantie en jeu
- Décennale dès que l'eau entre dans le bâtiment.
- Qui agit
- Le syndic ; l'occupant du dernier étage pour les dégâts chez lui.
2Façades et balcons
- À regarder
- Fissures, enduit qui sonne creux, coulures sous les balcons, nez de dalle éclaté, garde-corps qui bouge.
- Garantie en jeu
- Décennale en cas d'infiltration ou de risque pour la sécurité ; les coulures seules relèvent plutôt de l'aspect.
- Qui agit
- Le syndic. Les cas du béton de balcon éclaté et des infiltrations par la façade sont traités à part.
3Fenêtres et portes-fenêtres
- À regarder
- Eau au pied des baies, appuis mal raccordés, joints de calfeutrement fendus, buée entre les vitrages.
- Garantie en jeu
- Décennale en cas d'infiltration ; réglages et quincaillerie relèvent du bon fonctionnement.
- Qui agit
- Selon le règlement : la fenêtre est souvent privative, la façade qui la reçoit commune. Voir aussi les malfaçons de menuiseries.
4Hall, escaliers, ascenseur
- À regarder
- Porte de hall et contrôle d'accès, éclairage, sols et peintures, garde-corps d'escalier, ascenseur en panne à répétition.
- Garantie en jeu
- Bon fonctionnement pour les équipements démontables ; décennale si la sécurité est en cause.
- Qui agit
- Le syndic. Pour les arrêts répétés, voir l'ascenseur en panne en copropriété.
5Parking souterrain
- À regarder
- Venues d'eau par les murs ou le plafond, concrétions calcaires, flaques, porte automatique, ventilation, équipement des bornes de recharge.
- Garantie en jeu
- Décennale si l'eau rend des places inutilisables ou attaque la structure ; porte et ventilation relèvent du bon fonctionnement.
- Qui agit
- Le syndic ; le propriétaire d'une place pour le dommage causé à son véhicule.
6Réseaux et pompes
- À regarder
- Colonnes d'eaux usées qui fuient dans les gaines, collecteurs sous la dalle, pompe de relevage qui disjoncte, chauffage collectif instable.
- Garantie en jeu
- Décennale pour les fuites dans les ouvrages ; bon fonctionnement pour les pompes et appareils.
- Qui agit
- Le syndic pour les colonnes communes ; le copropriétaire pour les branchements de son lot.
7Abords et espaces verts
- À regarder
- Allées qui s'affaissent, regards qui débordent, eau qui stagne au pied des façades, jardin posé sur la dalle du parking.
- Garantie en jeu
- Les plantations relèvent rarement de la décennale ; l'étanchéité d'un jardin sur dalle, oui, si l'eau descend dans le parking.
- Qui agit
- Le syndic. Les malfaçons d'aménagement extérieur ont leurs propres règles.
Le parking mérite une attention particulière. Un parking souterrain n'est pas toujours conçu pour être parfaitement étanche : la notice descriptive jointe à votre contrat indique si ses parois devaient l'être. Des suintements ponctuels peuvent être admis par la conception ; des venues d'eau qui condamnent des places, abîment les véhicules ou font éclater le béton dépassent ce qu'on peut admettre.
Les délais : ce qui court, et depuis quand
Trois familles de désordres, trois régimes. Les confondre est la première cause de dossiers perdus.
Ce qui se voyait à la livraison. L'article 1642-1 du Code civil interdit au promoteur de se décharger des défauts apparents avant la réception des travaux et avant l'expiration d'un mois après la prise de possession. Pour les parties communes, on retient en pratique leur livraison au syndicat. L'article 1648 donne ensuite un an, à peine de forclusion, pour saisir le juge. Un courrier ne suffit pas : il faut une demande en justice, et une assignation en référé-expertise en est une, qui interrompt le délai selon l'article 2241.
Le piège vient après. Une fois l'expert désigné, un nouveau délai d'un an repart, et l'expertise ne le suspend pas : la Cour de cassation l'a jugé le 3 juin 2015 (n° 14-15.796), en écartant l'article 2239 pour ce type de délai. L'affaire opposait une acheteuse à la société qui lui avait vendu sur plan, mais le mécanisme est le même pour un syndicat et ses parties communes.
Le calendrier de l'arrêt du 3 juin 2015
6 déc. 2008Assignation en référé : le délai est interrompu
18 janv. 2010Rapport de l'expert, moins de trois mois avant la fin
10 déc. 2010Assignation au fond : jugée tardive
7 avril 2009Expert désigné : un nouvel an commence
7 avril 2010Fin du délai, rapport en main ou non
- Procédure de référé en cours
- Nouveau délai d'un an, qui court pendant l'expertise
- Action forclose
La leçon pour un syndicat : dès l'ordonnance qui désigne l'expert, notez la date anniversaire et préparez l'action au fond sans attendre le rapport. Cette action-là demande une autorisation de l'assemblée générale : elle doit être inscrite à l'ordre du jour à temps.
Ce qui apparaît pendant la première année. La garantie de parfait achèvement est due par les entreprises au maître de l'ouvrage, c'est-à-dire au promoteur, pendant un an à compter de la réception. Le syndic signale donc chaque désordre par écrit au promoteur, pour qu'il les fasse reprendre. Attention au calendrier : cette année part de la réception, souvent antérieure de plusieurs semaines à la livraison. Quand vous recevez vos clés, une partie est déjà écoulée.
Ce qui apparaît ensuite. L'article 1646-1 rend le promoteur tenu, à compter de la réception, des mêmes garanties que les constructeurs : bon fonctionnement des équipements pendant deux ans selon l'article 1792-3, décennale pendant dix ans selon l'article 1792-4-1. Pour les désordres graves, le syndic déclare le sinistre à l'assureur dommages-ouvrage, qui dispose de soixante jours pour prendre position et de quatre-vingt-dix jours pour faire une offre, selon l'article L. 242-1 du Code des assurances. Ce qui se passe quand il refuse ou tarde est expliqué dans l'article sur la dommages-ouvrage.
Agir sans attendre l'assemblée générale
Beaucoup de syndics répondent qu'ils ne peuvent rien faire sans un vote. C'est vrai pour une action au fond, pas pour tout. L'article 55 du décret du 17 mars 1967, dans sa version en vigueur depuis le 25 décembre 2025, dispense d'autorisation les mesures conservatoires et les demandes qui relèvent des pouvoirs du juge des référés. Le syndic peut donc demander la désignation d'un expert judiciaire dès qu'il le juge utile, sans attendre la prochaine assemblée. Le même texte précise que seuls les copropriétaires peuvent se prévaloir d'un défaut d'autorisation : le promoteur ne peut pas s'en servir pour faire tomber la procédure.
- Le référé-expertise fige les constats, interrompt le délai de forclusion et met tout le monde autour de la table : promoteur, entreprises, assureurs. Son déroulement, étape par étape, est le même que pour un particulier, avec une consignation avancée par le syndicat.
- Les travaux urgents, comme bâcher, dévier une évacuation ou couper une alimentation, entrent dans la mission de conservation de l'article 18.
- La déclaration à l'assureur dommages-ouvrage relève en pratique de la gestion courante du syndic.
Chaque copropriétaire garde aussi ses propres droits. L'article 15 de la loi de 1965 lui permet d'agir seul pour ce qui concerne la propriété ou la jouissance de son lot, à charge d'en informer le syndic, et l'article 14 rend le syndicat responsable des dommages qui ont leur origine dans les parties communes. Un plafond taché par la toiture-terrasse se réclame donc au syndicat, qui se retourne ensuite contre le promoteur et les assureurs. Les détails de cette action individuelle figurent dans l'article sur la responsabilité en copropriété ; les nuisances sonores des équipements communs, elles, relèvent souvent de l'isolation phonique non conforme.
Qui fait quoi pendant la première année
Le suivi des parties communes repose sur trois acteurs qui ne se parlent pas toujours. Le calendrier ci-dessous répartit les tâches de la livraison au treizième mois, dans le cas courant où la réception précède la livraison de quelques semaines.
Treize mois, trois rôles
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Avant la livraisondes parties communes
SyndicFixer la date avec le promoteur, réclamer les plans, les notices et l'attestation dommages-ouvrage.
Conseil syndicalS'il n'existe pas encore : des copropriétaires volontaires demandent à assister à la visite, avec un technicien si possible.
Chaque copropriétaireNoter ce qu'il voit dans le hall, le parking et les caves en allant chercher ses clés.
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Le jour de la livraisondu toit au parking
SyndicTout visiter, toiture comprise, et inscrire chaque défaut visible en réserve.
Conseil syndicalPhotographier, dater, lister ce qui manque : badges, télécommandes, clés des locaux techniques.
Chaque copropriétaireTransmettre ses propres constats au syndic, par écrit.
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Premier moisaprès la livraison
SyndicSignaler par écrit au promoteur les défauts visibles oubliés au procès-verbal.
Conseil syndicalRelire le procès-verbal et ses réserves, signaler les oublis au syndic.
Chaque copropriétaireFaire de même pour son lot, qui a son propre mois.
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Mois 2 à 10première assemblée
SyndicRelancer le promoteur sur chaque réserve et transmettre tout désordre nouveau.
Conseil syndicalTenir le tableau de suivi : réserve, signalement, réponse, reprise. Mettre en concurrence le syndic.
Chaque copropriétaireVoter l'autorisation d'agir si des réserves restent ouvertes.
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Avant le treizième moisla date à ne pas manquer
SyndicAssigner en référé pour les réserves non levées, sans attendre de vote.
Conseil syndicalVérifier que l'assignation est délivrée et noter la date de l'ordonnance.
Chaque copropriétaireSi le syndicat n'agit pas, agir pour son propre lot.
Après la première année : entretenir et garder la trace
Une garantie se défend aussi par l'entretien. Un assureur confronté à une toiture-terrasse dont les évacuations n'ont jamais été nettoyées discutera la cause du désordre. Faites visiter les toitures au moins une fois par an, en gardant un compte rendu daté, et conservez les contrats d'entretien des équipements, des pompes aux portes automatiques.
Deux rendez-vous techniques méritent d'être programmés dès maintenant : une visite des équipements avant le deuxième anniversaire de la réception, et un audit complet vers la huitième année, avant la fin de la décennale. La méthode de ce dernier, pensée pour une maison mais transposable à un immeuble, est décrite dans l'article sur l'audit de fin de garantie décennale.
Si une infiltration touche un balcon ou une terrasse à jouissance privative, la répartition des rôles est souvent discutée : elle est détaillée dans l'article sur les défauts d'étanchéité de balcon et de terrasse.


